La CGSP-Défense est cinglante

« Les militaires ne sont pas une solution de fortune face à une politique de sécurité défaillante »

Le gouvernement fédéral a décidé avant-hier de déployer à nouveau des militaires sur le sol belge afin d'assurer la sécurité des synagogues et des écoles juives. Une mission on ne peut plus sérieuse, dans un contexte tendu, que le personnel de la Défense va exercer sans la moindre hésitation, la CGSP-Défense en est convaincue. Mais derrière ce énième déploiement se cache une dure réalité que l’on préfère ne pas évoquer à la rue de la Loi.

En effet, soyons honnêtes : cela commence à devenir une rengaine. Chaque fois que la pression sur la police s’intensifie, d'aucuns se tournent vers la Défense pour trouver une solution immédiate. Non pas parce qu’il s'agit là de la meilleure solution, mais parce que c’est la plus facile et la moins coûteuse. Les militaires sont affectés à des tâches qui ne leur incombent pas, sans qu’il y ait de cadre légal solide et cohérent pour ce faire. Ils opèrent dans une zone grise, avec tous les risques que cela comporte, tandis que la responsabilité politique reste on ne peut plus floue. ​

Dans le même temps, la facture reste remarquablement déséquilibrée. Les militaires accomplissent des missions similaires à celles de leurs collègues d’autres services de sécurité, mais cela ne se reflète pas sur leur fiche de paie. Au contraire, ils restent structurellement à la traîne en matière de rémunération et d’indemnités. Comme si cela ne suffisait pas, les nombreuses heures supplémentaires qu’implique cet engagement ne sont toujours que partiellement rémunérées. Travailler davantage, prendre plus de risques, sans être correctement rémunéré : c’est une logique de plus en plus difficile à faire accepter. ​

Et puis, il y a la réalité au sein même de la Défense. Le département souffre d’une pénurie chronique de personnel. La restructuration dont certains parlent depuis des années reste lettre morte dans la pratique. Chaque mission supplémentaire au niveau national signifie éloigner les militaires de leurs missions essentielles, les pousser à l’extrême encore une fois et compter, encore et toujours, sur leur bonne volonté. Combien de temps pense-t-on pouvoir tenir ainsi ?

Selon Tony Six, responsable de la CGSP-Défense, la réponse est certes douloureuse, mais limpide : « Les militaires sont la seule catégorie professionnelle qui n'a pas le droit de faire grève et ne peut refuser de missions, ce qui fait d’eux une solution idéale et bon marché. Toujours disponibles, toujours mobilisables — et surtout : toujours silencieux. » Cette combinaison les rend particulièrement attractifs aux yeux des politiques qui préfèrent repousser les choix difficiles. ​

Mais cette époque est révolue, prévient le syndicat. Car ce qui est présenté aujourd’hui comme un « renforcement de la sécurité » ressemble de plus en plus à une exploitation structurelle du personnel, qui prend son travail très au sérieux. Le respect envers les militaires ne peut plus se limiter à des applaudissements et à de belles paroles alors qu’ils sont sous-payés, laissés sans protection juridique, systématiquement surchargés de travail et tandis que, en matière de droits à la pension, ils sont considérés comme n’importe quel autre citoyen. ​

La CGSP-Défense appelle le gouvernement a enfin annoncer la couleur. Soit on opte pour une politique de sécurité sérieuse, avec des règles claires, une rémunération correcte et de réels investissements dans la Défense. Soit on continue à improviser aux dépens du personnel. Mais une chose est sûre : les militaires ne sont pas une réserve extensible à souhait ni une issue de secours sur le plan budgétaire. ​

Tout qui veut la sécurité devra en payer le prix. Y compris — et surtout — pour les personnes qui la garantissent au quotidien, car la force de notre mécanisme de défense réside dans ces militaires et ces civils qui, chaque jour, donnent le meilleur d’eux-mêmes.

 

Tony Six,

Secrétaire fédéral ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​

Jérôme Demasy,

Secrétaire permanent ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​ ​

Jérôme Demasy

Jérôme Demasy

Secrétaire permanent, CGSP DEFENSE

 

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