La trahison de Verlinden
Colère et inquiétude… Telles sont les deux émotions qui se disputent la primauté après la lecture de la décision prise cette nuit par le gouvernement à la demande de la ministre Verlinden

De la colère, car les syndicats viennent tout juste de signer un accord avec Mathilde Steenbergen, la directrice générale des prisons, afin de définir les besoins en matière d’effectifs minimaux les jours de grève, pour assurer en toute sécurité les tâches qui doivent rester garanties au minimum.
La démarche de la ministre dénigre gravement l’engagement des syndicats vis-à-vis de l’administration pénitentiaire et, en réalité, elle dénigre d’un seul coup l’autorité de Mathilde Steenbergen.
L’inquiétude est de mise, car la situation dans les prisons reste désastreuse et il y a davantage de raisons d’être en conflit avec notre employeur que de parler d’un accord social.
Au début de cette année, les syndicats ont pourtant donné leur accord pour un plan visant à rendre le travail en prison plus attrayant, plus agréable et plus sûr.
Ce plan n’est toutefois pas encore mis en œuvre et le sera au cours de la période 2026-2029.
Il est donc étrange et prématuré de lire que cet accord est utilisé par la ministre Verlinden comme argument pour affirmer que la mobilisation du personnel pénitentiaire serait socialement acceptable.
Au cours des six derniers mois, les syndicats se sont montrés très constructifs lors des négociations, bien que les conditions de travail du personnel fussent toutes sauf faciles et que seul le terme « impossible » puisse un tant soit peu décrire la situation dans laquelle le personnel doit se débattre jour après jour (y compris les jours sans grève).
Plutôt que de travailler à mettre en œuvre le plan social dans les plus brefs délais et de veiller à ce que la surpopulation, le manque de personnel, les problèmes d’hygiène, d’infrastructures et d’équipements de sécurité qui appartiennent au passé… la ministre Verlinden opte pour la solution de facilité… Pour elle, en tout cas.
Comme elle est manifestement incapable d’améliorer la situation dans un délai raisonnable, et qu’il est inévitable que cela finisse, à terme et de manière répétée, par déclencher un conflit social avec le personnel pénitentiaire, la ministre Verlinden choisit, en cas de grève, de faire mobiliser le personnel par l’intermédiaire des gouverneurs de province.
Des personnes qui sont aujourd’hui victimes de violences commises par des détenus enfermés comme des bêtes dans une cage.
Des personnes victimes d’intimidations, de menaces et qui subissent également des pressions dans leur vie privée de la part de barons de la drogue incarcérés. Des personnes qui travaillent aux côtés de détenus dont plus de 1 000 sont, pour la plupart, responsables d’incidents graves au cours desquels le personnel est gravement blessé.
Des personnes qui, dans l’exercice de leurs fonctions, se font casser des dents, se font briser les bras et les jambes, se font crever un œil, ou qui, à la suite d’un choc électrique dû à du matériel électrique défectueux, perdent l’usage d’une main…
Toutes ces personnes seront contraintes, dès lors que le travail ne sera plus sûr ou ne pourra plus être effectué avec une charge de travail acceptable, de continuer à travailler dans exactement les mêmes conditions, car leur employeur néglige d’améliorer celles-ci.
Et c’est justement la seule chose que la ministre Verlinden a réussi à faire jusqu’à présent… Aggraver la situation dans les prisons jusqu’à la rendre catastrophique, pire encore qu’à son arrivée au pouvoir.
Il y a donc peu de raisons de penser que la mobilisation immédiate de personnel conduira à une amélioration de la situation dans les prisons belges, bien au contraire !
Que cette ministre soit peu fiable et incompétente n’est pas une surprise. Le fait qu’elle crée de nouveaux problèmes en contraignant les syndicats à adopter une attitude belliqueuse, alors que ceux-ci s’étaient engagés de manière constructive à deux reprises au cours des derniers mois, ne fait que renforcer les inquiétudes quant à son incompétence, qui semblait déjà plus que justifiée dans d’autres dossiers.
Grégory Wallez